La mort: une double peine

L’experience

« Un jour j’étais dans la rue, à la sortie d’un hôpital militaire, avec un collègue congolais et nous avons vu arriver plein de motards avec de la musique, en train de crier. J’ai flippé et je lui ai demandé ce qu’il se passait:

– Ils célèbrent un décès.

– Waouh mais c’est super festif! j’ai réagi.

– Oui, nous devons fêter les morts toute la nuit et surtout respecter leur dernière volonté! Une personne avant de mourir donne ses indications sur la façon dont se déroulera sa fête de mort. Ma mère par exemple a déjà choisi le cercueil, la musique et les invités! Ça va me coûter super cher!

– C’est comme un mariage!

– Parfois on redoute la mort d’un proche aussi parce que ça va coûter cher!

– C’est marrant parce que nous en France, on peut attendre la mort de quelqu’un parce qu’on peut potentiellement toucher un héritage!

J’ai ensuite vérifié tout ça avec un autre collègue congolais qui m’a confirmé lors du décès de sa mère qu’ils veillaient les morts toute la nuit, entre amis et famille, avec de la musique, de la bière ou un sucré (soda) et un repas à partager.

Au final, un décès qu’il soit congolais ou français est triste parce que tu perds quelqu’un. Mais au Congo c’est aussi une source de stress financier, contrairement à la France, où les morts ont souvent déjà organisé et financé leur enterrement du temps où ils étaient vivants. Les Congolais doivent payer, s’endetter parfois, et malgré ce stress financier qui s’ajoute au stress de la perte d’un être cher, ils enterrent de façon festive. Chez nous, c’est plutôt mal vu si tu souris et rigoles à un enterrement. »

Lieu Goma, Congo

Date Juillet 2017

Qui raconte

A l’occasion d’une seconde mission humanitaire, Valérie (française, trentenaire) découvre le Congo (Kinshasa). Ce pays la séduit d’abord par son climat mais également par l’ingéniosité des locaux qui charrient des kilos de marchandises sur une trottinette (le chukudu) et en tong. Au cours de son séjour, elle entre aperçoit les nombreuses différences qui minent la population tels que la pression sociale, la difficulté d’accès à l’hygiène, le besoin d’éducation et les tabous autour de la sexualité et la fidélité.

2018-11-22T13:27:02+00:00